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À l'hôpital, l'indispensable soin psychique

Les recherches d’Elise Ricadat sur les amours et relations intimes des jeunes patients atteints d’hémopathie maligne le démontrent : la sexualité et la vie amoureuse sont loin d’être incompatibles avec une maladie grave.

C’est en travaillant dans un service de soins de suite pour des jeunes patients atteints de cancer qu’Elise Ricadat, maître de conférences rattachée au laboratoire CRPMS (Centre de recherche psychanalyse, médecine et société) et à l’IUH (Institut universitaire d’hématologie) s’est aperçue que « la question de leur sexualité, pourtant centrale à l’adolescence, était au mieux, passée sous silence, au pire, crainte dans l’univers hospitalier et le monde des soins ». Pour la psychologue, « contrairement à l’a priori qui voudrait que sexualité et cancer soient antinomiques, c’est au contraire une problématique cruciale dont les soignants doivent tenir compte dans leur prise en charge. Là donc où la sexualité est affaire intime chez tout jeune, elle devient ainsi un enjeu de santé publique pour ceux souffrant de cancer ». Cette thématique est devenue son sujet de thèse, pour laquelle elle a mené des entretiens non directifs auprès de 24 patients de 15 à 25 ans et de 33 soignants.

Une sexualité moins normative

Le processus pubertaire, qui désigne l’ensemble des modifications psycho-corporelles signant le passage de l’enfance à l’âge adulte, ne s’arrête en effet pas dans le contexte d’une maladie grave. Mais il en est considérablement altéré du fait de la place centrale que constitue le corps malade – et potentiellement en danger létal – pour ces jeunes patients. « Ce processus ne disparaît d’ailleurs pas, psychiquement, même après la guérison », ajoute la chercheure. Aussi, il en découle des formes singulières de sexualité due aux dysfonctionnements somatiques induits par les traitements. Lorsqu’ils s’expriment librement, les patients ne définissent pas seulement leur sexualité comme une sexualité génitale mais accordent beaucoup de place à la sensorialité, ce qui redonne tout son sens à la psycho-sexualité, concept central en psychanalyse. « Les difficultés, parfois l’abstinence et la menace létale, les contraignent, mais leur donnent paradoxalement à vivre une sexualité moins normative et moins centrée sur la génitalité, et finalement une vie amoureuse plus riche que celle des adolescents en général », note Elise Ricadat.

Les prises de conscience des soignants

Les entretiens menés en parallèle avec les soignants ont aussi été riches d’enseignements et d’applications. « Comme nous faisons de la recherche collaborative, les patients et les soignants ont participé à l’analyse des entretiens, poursuit la psychologue. Ils ont été associés  à la démarche de réflexion et en ont tiré quelque chose ; par exemple, l’expérience a permis aux soignants de prendre conscience qu’ils mettent intuitivement en place des soins pour favoriser des expériences de plaisir avec le corps malade et que ces pratiques, comme le massage, devaient être généralisées. » Terminée fin 2016, sa thèse a depuis ouvert le champ à d’autres études qui s’étendent à des patients d’âges variés et dans d’autres services et hôpitaux. « Que se passe-t-il pour un patient à l’hôpital et après la maladie sur le plan identitaire, lorsque son corps est si atteint par la maladie ? C’est sur ce sujet que nous essayons de faire avancer la réflexion », résume Elise Ricadat.

UFR Études anglophones

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Laboratoire

Centre de recherches psychanalyse, médecine et société

La médecine en devenant scientifique a profondément remanié ses méthodes, ses principes et ses moyens d’action. Jusqu’à ce tournant, la pratique médicale ressortait d’un type d’actions d’ordre religieux, magique ou sacré.