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Cristiano Ciuti

Cristiano Ciuti, professeur et chercheur au laboratoire MPQ (Matériaux et phénomènes quantiques) est lauréat d’une bourse du Conseil européen de la recherche (ERC). Il revient sur cette expérience réussie.

Vous vous définissez comme un théoricien de physique quantique, précisez-nous quel est votre domaine de recherche ?

Je travaille spécifiquement sur les aspects quantiques de la lumière, notamment les interactions entre photons et électrons dans des matériaux artificiels. Je cherche à  comprendre les propriétés de ces systèmes complexes, notamment pour pourvoir créer et contrôler de nouveaux phénomènes quantiques. L’idée étant qu’en réussissant à comprendre le monde quantique, nous pouvons réutiliser ses propriétés.
 

Vous êtes lauréat d’une bourse ERC, que représente-t-elle pour vous ?

C’est une opportunité unique dans la carrière d'un chercheur. Cette bourse, pour laquelle j’ai obtenu 1,4 million, m’est attribué à titre individuel. Elle représente, dans mon parcours de chercheur, une réelle opportunité, car elle me permet d’avoir une vision à long terme et de mettre en place un projet de longue durée.
 

Pourquoi avez-vous choisi de concourir à sur cette bourse ?

Celle-ci est tombée à point nommé. Je venais de terminer plusieurs travaux de recherche et de dégager quelques nouveaux axes de travail. J’avais une idée très claire de la manière dont je voulais poursuivre mes recherches. Parallèlement, une nouvelle catégorie de bourses ERC, appelée Consolidator, venait d’apparaître : elle correspondait à mon profil, à ma tranche d’âge et comportait une modalité bien particulière, il fallait proposer un projet ambitieux. Je me sentais prêt à tenter ma chance.
 

Quel projet avez-vous présenté ?

Mon projet porte sur la théorie des systèmes photoniques fortement corrélés où les interactions photon-photon sont dominantes*. Ces interactions sont réalisées dans des cavités optiques ou boîtes à photons, dans lesquelles les photons sont très confinés spatialement. En créant des réseaux de boîtes à photons, nous pouvons réaliser des nouveaux états pour la lumière. Un peu comme les solides de tous les jours sont obtenus par un réseau d’atomes. Le défi pour le théoricien devient la complexité du problème qui augmente de façon exponentielle avec la taille des réseaux. Dans mon projet, j’ai proposé des idées pour des méthodes mathématiques, afin de résoudre cette impasse exponentielle. Ce qui permettrait de prédire les comportements de ces systèmes complexes et envisager des applications.
 

Quel impact peuvent avoir vos travaux ?

Ils peuvent avoir un fort impact auprès de la communauté scientifique qui travaille sur ces systèmes quantiques artificiels. Ces idées pourraient être exploitées et exportées aux systèmes photoniques ou électroniques, par exemple, sur lesquels plusieurs chercheur.euses travaillent.
 

Comment vous y êtes-vous préparé ?

J’ai commencé à préparer mon dossier deux mois avant le dépôt de la proposition. J’ai tout de suite pris contact avec la Direction d’appui à la recherche et à l’innovation (Dari) de Paris Diderot pour être conseillé dans le montage de la proposition, notamment de la section budgétaire  : partie qui doit être précise, et dans laquelle, chaque élément doit être justifié. J’ai également fait relire ma présentation à quelques collègues, issus de mon domaine de recherche, mais pas seulement. Je tenais à m’assurer de la clarté de mon discours et de mes arguments.
 

Quels conseils donneriez-vous aux futurs postulant.e.s ?

Le projet doit être bien mûri et bien présenté. Le projet écrit est évalué par un comité de sélection et aussi par des arbitres extérieurs, spécialisés dans le domaine de recherche correspondant. Le projet doit être présenté de façon à ce que tous les membres du jury, expert et non-expert du domaine, comprennent l’originalité du projet et ses enjeux. C’est un vrai travail d’équilibriste, pour rester clair, concret et précis. Sans devenir trop technique. Tout en apportant des informations intéressantes et précises à l’expert du domaine. Les candidats issus d’une première sélection sont ensuite auditionnés à Bruxelles.
 

Quel aspect appréciez-vous dans cette bourse ?

J’aime son caractère pionner et sa finalité. Cette bourse ne prône pas l’obligation de résultats. En revanche, elle demande au candidat.e de proposer de nouvelles pistes de recherche. Pas encore explorées. Pour cela, il faut prouver sa capacité à prendre des risques. Calculés, justifiés. Mais si le projet est bien préparé et réfléchi, il sera payant. High Risk, High Gain, est la philosophie de l’ERC.

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